Critiques ou addictes ? Les journalistes français piqués au clic

Désormais largement utilisés par la presse écrite en ligne, les logiciels de mesure d’audience par le clic continuent de susciter le débat au sein des rédactions web tricolores. Critiques quant à la capacité de ces outils à évaluer la qualité éditoriale d’un article, les journalistes français se révèlent néanmoins très attentifs au retour métrique de leurs papiers. Un paradoxe identifié par la sociologue Angèle Christin dans Clicks or Pulitzers ?, sa dernière thèse dans laquelle elle analyse le rapport qu’entretiennent les journalistes web avec les statistiques d’audience en ligne.

C’est en comparant le fonctionnement d’une grand rédaction web américaine avec celui d’une française, qu’elle a pu relevé l’ambivalence. « Aux États-Unis, les analyses métriques sont plus institutionnalisées. Les rédactions en ligne ont des dizaines de logiciels pour calculer l’audience, améliorer le positionnement des articles sur la page d’accueil, pour tester les différentes titrailles… C’est également beaucoup plus institutionnalisé dans le discours des rédacteurs en chef, détaille la sociologue dans une interview accordée à Libération. Mais bizarrement, les journalistes eux-mêmes sont relativement indifférents à la question du succès de leurs articles. Alors qu’en France, de façon un peu paradoxale, les journalistes sont à la fois plus critiques du clic, mais ils en parlent constamment ».

Les raisons de cette différence ? Selon Angèle Christin, la réponse est à chercher au sein des cultures journalistiques propres aux deux pays. Déjà professionnalisé au XIXe siècle, le journalisme américain a très vite intégré la logique de rentabilité d’un média. Mesurer la vente au tirage d’un journal et en tirer les conséquences éditoriales a très vite été accepté par les journalistes d’outre-Atlantique. À contrario de la France, qui a vu la professionalisation du métier arriver plus tard. « il y a donc eu plus d’hésitations sur la définition du rôle du journaliste au sein d’une entreprise de presse », justifie la chercheuse.

Néanmoins, qu’ils soient français ou américains, les jeunes journalistes semblent aujourd’hui plus ouverts aux analyses métriques de leurs contenus. « Pour des journalistes plus âgés, qui ont fait l’essentiel de leur carrière dans le print, rechercher le clic est souvent considéré comme indigne de la profession. Chez les plus jeunes en revanche, qui ont grandi dans le web, il y a un rapport plus apaisé, on se demande comment faire de l’audience tout en ne cédant pas à une “tabloïdisation” de l’écriture. »

Mathieu Viviani

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s