Louis Loche, jeune auteur de BD à l’ego bien placé

« La sélection de mon travail par cet éditeur ? Totalement inattendue. Je me demande encore ce qu’il m’ont trouvé », dit-il l’air surpris et gêné. Fausse modestie ? Impossible de le dire. Poursuivons. Son univers à lui, c’est la bande dessinée pour adulte, avec des sujets « sombres et poisseux ». Et pourtant, Louis Loche, 23 ans et étudiant en troisième année de la Cesan, unique école parisienne des arts narratifs, a su convaincre. Pour connecter ses étudiants au monde professionnel, l’équipe pédagogique de l’école fait régulièrement lire les travaux des élèves à des professionnels de l’édition. Si le style d’un des jeunes auteurs séduit, les éditeurs peuvent proposer une commande. C’est ce qui est arrivé à Louis, qui a réalisé un livre d’illustration autour du conte philosophique, Ali Baba dans le palais de la mémoire.

« C’est une bonne chose pour Louis. Cela lui a permis d’aller jusqu’au bout d’un projet, de se canaliser, de se responsabiliser, confie Isiciane, camarade de classe de Louis. Il se donne des airs de quelqu’un qui s’en fiche, mais lorsqu’il se lance dans un projet sérieusement, il possède une vraie force de travail. »

Insaisissable sympathique

Sûr de lui et humble tout à la fois, difficile de percer le “mystère Louis”. Il suffit de l’observer en classe. Champion de l’humour au second degré, il décoche des punch lines plus vite que son ombre. Ceci, pour le plus grand bonheur de toute l’assistance. Mais une fois la blague consommée, le regard, et le crayon n’ont d’yeux que pour le dessin. Tout autour, le monde n’est plus. Le trait sur la feuille s’affine, gracieux et rectiligne. L’artiste est à l’œuvre, absorbé, passionné, voire complètement transi. Jusqu’à que son professeur l’interrompt : « Tu devrais plutôt mettre en avant le personnage sur la couverture de ton album. Le paysage est important bien sûr, mais n’oublie pas que les héros de ton histoire sont ceux que tu dois mettre en avant sur la couv’. » Et Louis, visage crispé, de répondre : « Oui, mais enfin bon, à un moment, on peut sortir des codes traditionnels de la BD. C’est ça aussi la créativité ».

Ego bien placé

Louis sait ce qu’il veut. Tranchant comme il faut, il est conciliant quand il le faut. « Je dessine depuis que j’ai 5 ans. C’est mon mode d’expression tout autant que mon refuge face aux épreuves de la vie, lâche-t-il. Mais la passion ne suffit pas. Il faut savoir la confronter à la réalité professionnelle. C’est pour ça que je fais cette école. »

Et sa séance de dédicace au Salon du livre de cette année ? Ne lui en parler pas : « Je suis angoissé rien qu’à l’idée ». Heureusement, il sera bien soutenu par ses camarades dont il accorde beaucoup d’importance. « On sera là pour lui bien-sûr. Car même si en tant que dessinateur, on aurait aimé être à sa place, on est sincèrement content pour lui. Ça fait plaisir de le voir s’épanouir dans ce projet », témoigne Arthur qui le connaît depuis trois ans.

Louis n’a pas pris la grosse tête. Car envers et contre l’ego, la robe d’humour et de sincérité sont de bon guides. Et s’il l’oublie de l’enfiler ? Pas d’inquiétude, ses amis bienveillants sauront lui rappeler.

Mathieu Viviani

 

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